• Les risques des régimes amaigrissants

    Date: 2011.05.25 | Catégories: Accueil, Manger Mieux | Tags: ,,

    En novembre 2010, un premier rapport de l’expertise collective dirigée par l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) a permis de mettre en évidence, sur la base de la littérature scientifique, « les risques cliniques, biologiques, comportementaux, ou psychologiques liés à la pratique des régimes amaigrissants, menés sans recommandation ni suivi d’un spécialiste».


    Les régimes concernés ont été sélectionnés sur la base de leur popularité (citations et livres vendus dans le commerce ou sur Internet) : Régime du Dr Atkins, Régime Californien du Dr Guttersen, Régime « Citron détox », Régime de la Chrononutrition du Dr Delabos, Régime du Dr Cohen, Régime du Dr Dukan, Régime du Dr Fricker, Régime Mayo, Régime Miami du Dr Agatston, Régime Montignac, Régime du Dr Ornish, Régime Scarsdale du Dr Tarnower, Régime de la Soupe au chou, Régime Weight Watchers, Régime Zone de M. Sears.

    Ce premier rapport a été envoyé pour avis auprès des communautés scientifiques, médicales, associatives et autres professionnels de santé. Les avis qui en résultent ont été intégrés dans le nouveau rapport sur les régimes amaigrissants (ANSES, mai 2011) dont voici en résumé les idées majeures :

    Les régimes amaigrissants sont bien des pratiques à risque en particulier pour des populations plus vulnérables comme les enfants, les femmes ou encore les personnes âgées ou les sportifs de haut niveau.

    Pour la population, en générale, les risques encourus sont très variés. Ils concernent des modifications physiologiques qui peuvent toucher les os (déminéralisation), les muscles et les tendons (tendinites), le foie et les reins, des modifications profondes du métabolisme énergétique et de la régulation physiologique du comportement alimentaire (suites à des carences ou des excès en nutriments), ainsi que des perturbations psychologiques comme les troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie,…).

    Pour les femmes enceintes, ces réductions d’apports énergétiques sont associées à des risques durant la grossesse. Ils ralentissent le développement et la croissance fœtale et peuvent également avoir des conséquences sur la santé ultérieure de l’enfant, y compris à l’âge adulte.

    Chez l’enfant et l’adolescent, cela peut entraîner un « ralentissement de sa croissance staturo-pondérale et du développement pubertaire avec des risques d’aménorrhée ».

    Les effets sont encore plus probants chez les personnes âgées surtout en ce qui concerne la perte de masse musculaire (sarcopénie) et la déminéralisation du squelette (augmentation du risque de fractures).

    Enfin, chez le sportif ayant une activité physique et sportive intense, une restriction calorique est associée à des perturbations hormonales pouvant être préjudiciables (perte de masse osseuse chez la femme).

    L’Anses continue en expliquant que pour les personnes qui ne sont ni en surpoids, ni obèses, ces régimes, qu’ils soient proposés par des médecins ou non, sont réellement des pratiques à risques. L’ANSES souhaite que « le public soit averti des conséquences néfastes à court, moyen ou long terme de ces régimes, d’autant plus qu’ils sont déséquilibrés, associés à des troubles sévères du comportement alimentaire, et peuvent conduire à terme à un possible gain de poids irréversible ». D’après les résultats observés, 80 % des personnes ayant suivis un de ces régimes ont repris du poids après un an et, qui plus est, cette reprise augmente avec le temps !

    Il est clairement établit « que le suivi des régimes peut provoquer des modifications profondes du métabolisme énergétique ». Ces modifications entrainent la plupart du temps des reprises de poids sur le long terme, souvent plus importantes qu’au départ (effet « Yoyo »).
    Il est reconnu que plus on fait de régimes faits d’interdits, de privations entrainant de graves déséquilibres au niveau nutritionnel, plus on favorise la reprise de poids. D’autant plus, si les personnes ne pratiquent aucune activité physique.

    L’ANSES assène le coup de grâce en expliquant que les  pratiques alimentaires pour perdre du poids ne sont justifiées médicalement que si les personnes ont une obésité avérée (IMC = ou > à 30 kg/m²). L’obésité étant reconnue comme une maladie due à de nombreux facteurs, elle nécessite une prise en charge multidisciplinaire (médecin, diététicien, psychologue, etc.) qui permet alors un diagnostic précis (causes, contexte et conséquences).

    L’ANSES souligne que « ce suivi ne se limite pas alors à une simple prise en charge diététique (nutritionnelle). Il vise également une réduction adéquate du poids et sa stabilisation dans le temps, tout en veillant à préserver l’état de santé physique et psychologique de la personne ».
    N’oublions pas qu’une alimentation équilibrée et variée doit rester un plaisir et ne doit pas être rabaissée à une simple posologie pour perdre du poids !

    Cet avis sur les régimes amaigrissants souligne qu’ils ne sont pas sans danger et qu’il est indispensable qu’ils soient associés à un « suivi personnalisé par un professionnel de santé (médecin, infirmier, nutritionniste, diététicien,…)». Il est précisé également que rien ne peut remplacer, en termes de santé et de bien-être, une alimentation équilibrée, diversifiée, où les apports énergétiques journaliers ne dépassent pas les besoins. Par ailleurs, pour réduire les risques de prise de poids, l’évolution des habitudes alimentaires doit être associée à une activité physique régulière, « facteur essentiel de stabilisation du poids ».

    Références :

    ANSES – Alimentation Environnement – Travail  (2010) Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. Rapport d’expertise collective, Novembre 2010 Édition scientifique, 158 p.

    Mortureux Marc (2011) Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à la demande d’évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. ANSES, Saisine n° 2009-SA-0099, Mai 2011, 9 p.